Comment réagir & agir face au harcèlement numérique
Checklist de repères et d’actions en cas d’atteinte à la dignité et de contenus falsifiés
Certaines situations numériques dépassent largement ce que l’on appelle encore, par habitude ou par facilité, du “harcèlement”.
Lorsqu’une vidéo falsifiée circule, lorsqu’une image est détournée, lorsqu’une personne (et plus encore une mineure) est exposée publiquement à une atteinte grave à sa dignité, la sidération est fréquente. Les repères habituels disparaissent. Les réponses tardent. Et pendant ce temps, les impacts s’installent.
Cette checklist est née de situations réelles d’accompagnement, notamment dans le cadre de contenus numériques falsifiés impliquant une mineure.
Elle vise à transformer un moment de confusion et d’urgence en repères clairs, afin d’agir sans aggraver, sans déplacer la responsabilité, et sans laisser la personne seule face à ce qu’elle subit.
- Cette checklist est un exemple contextualisé, pas un modèle universel.
- Elle ne remplace ni un accompagnement juridique, ni un suivi psychologique adapté.
- Elle propose une lecture structurée et opérationnelle d’une situation qui, trop souvent, est minimisée ou mal qualifiée.
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Avant toute chose : ce n’est PAS un “simple harcèlement”
Dans le cas d’une vidéo falsifiée à caractère sexuel impliquant une mineure, il est essentiel de poser un cadre clair.
Il ne s’agit pas :
- d’un conflit entre élèves
- d’une rumeur anodine
- d’un simple harcèlement scolaire ou relationnel
Il s’agit très probablement d’une atteinte pénale grave, pouvant relever de plusieurs qualifications cumulées.
En d’autres termes, il peut s’agir de :
- Atteinte à la dignité (Code pénal)
- Diffamation publique
- Harcèlement aggravé (répétition + pluralité + diffusion en réseau)
- Usage de l’image d’une mineure
- Montage pornographique impliquant une mineure, même si le corps n’est pas le sien, le visage suffit
- Cybercriminalité
- Infractions sexuelles numériques (jurisprudence constante)
C’est un délit, voire un crime selon les éléments.
La minimisation ou l’inaction institutionnelle n’est pas normale.
Nommer correctement la situation n’est pas exagérer : c’est avant tout protéger.
Impacts humains du harcèlement numérique : santé mentale et risques suicidaires
Le harcèlement numérique ne se limite pas à une atteinte sociale ou réputationnelle : il affecte profondément la santé mentale des adolescents, avec des conséquences préoccupantes documentées par des études scientifiques.
Prévalence du cyberharcèlement
- Environ 1 adolescent sur 6 déclare avoir été victime de cyberharcèlement dans une grande étude internationale menée auprès de jeunes de 11 à 15 ans. (Source : euronews)
- En France, les données récentes indiquent que près de 37 % des jeunes sont touchés par le harcèlement ou le cyberharcèlement, avec des conséquences psychologiques significatives. (Source : GROUPE BPCE)
Conséquences psychologiques documentées
Les adolescents victimes de cyberharcèlement présentent des niveaux accrus de :
- dépression, anxiété, isolement
- troubles de sommeil et de l’appétit
- sentiment de désespoir ou pensées suicidaires (Source : CNIL)
Une revue de littérature et des études montrent une association entre cyberbullying et comportements suicidaires, avec notamment :
- des risques de pensées suicidaires plus élevés
- une probabilité accrue d’essais de suicide chez les jeunes victimes (Source : NIH)
⚠️ Risque suicidaire
Le lien entre cyberharcèlement et comportement suicidaire est confirmé par plusieurs recherches scientifiques : la répétition des attaques, l’exposition publique continue et l’absence de refuge psychologique augmentent significativement le risque de pensées ou d’actes suicidaires chez les adolescents victimes. (Source : NIH)
À retenir
Les violences numériques ne sont pas “virtuelles”. Chez les adolescents, elles peuvent atteindre la sphère la plus intime de la personne, l’estime de soi, la sécurité intérieure et même la volonté de vivre, surtout lorsqu’elles sont combinées à d’autres formes de harcèlement ou à l’isolement social.
Checklist opérationnelle
Exemple de repères face à une vidéo falsifiée impliquant une mineure
1. Dépôt de plainte : comment agir concrètement
À éviter : Une plainte contre X simple, non qualifiée -> insuffisante.
À privilégier : Une plainte circonstanciée, avec qualification pénale explicite, idéalement avec l’appui d’un avocat.
Deux options :
- aller à la police ou à la gendarmerie avec un écrit préparé
- ou déposer plainte directement auprès du Procureur de la République (option fortement recommandée surtout lorsqu’il s’agit d’un mineur)
La plainte doit mentionner explicitement :
- mineure de XX ans
- montage pornographique, vidéo falsifiée dans notre cas
- diffusion massive via des réseaux sociaux ou plateformes en ligne
- récidive après une première plainte (quand c’est le cas)
- conséquences psychologiques
- changement d’établissement et autre aménagement
- mise en danger manifeste
À savoir
En cas de refus ou de minimisation : courrier recommandé au Procureur + copie au Défenseur des droits.
Défenseur des droits
En cas d’inaction, de minimisation ou de dysfonctionnement d’une institution (établissement scolaire, administration, forces de l’ordre), il est possible de saisir le Défenseur des droits.
Cette autorité indépendante peut intervenir lorsque les droits d’un enfant ne sont pas respectés, notamment en matière de protection, de sécurité et de dignité.
Ressource officielle : https://www.defenseurdesdroits.fr/harcelement-scolaire-comment-agir-313
2. Cyber-police : signalement PHAROS (obligatoire)
Le signalement sur la plateforme gouvernementale PHAROS est essentiel.
À signaler explicitement :
- diffusion d’images sexuelles impliquant une mineure
- contenu pédopornographique (au sens juridique)
- harcèlement
- usurpation d’identité
À savoir
Le signalement PHAROS déclenche une enquête spécialisée, bien plus qu’une simple plainte locale.
3. Responsabilité des plateformes (en parallèle)
Les plateformes ont une responsabilité légale, d’autant plus lorsqu’une mineure est concernée.
Signalement direct (Snapchat, Telegram, etc.) en mentionnant clairement : “Contenu pornographique impliquant une mineure : montage, plainte déposée, signalement PHAROS effectué”
CNIL : droit à l’effacement et au déréférencement
Demande officielle de suppression des contenus portant atteinte :
- à l’image
- à la réputation
- aux données personnelles d’une mineure
À savoir
Le mot mineure accélère fortement les procédures.
4. Preuves : à sécuriser immédiatement
À faire avant toute suppression, si possible :
- captures d’écran
- URLs
- dates et heures
- comptes diffuseurs
- témoignages écrits
- certificat médical ou psychologique si possible
Important
Conservation sécurisée des preuves (clé USB, cloud).
Les preuves doivent être conservées, pas revécues.
5. Appels malveillants, appels masqués : élément aggravant majeur
Les appels malveillants répétés, notamment nocturnes, constituent une infraction pénale autonome, aggravée par le fait que la victime est mineure.
Qualifications possibles :
- appels téléphoniques malveillants répétés (article 222-16-2-2 du Code pénal)
- harcèlement aggravé
- menaces ou propos outrageants
- circonstance aggravante : mineure
- continuité d’un harcèlement déjà dénoncé
À savoir
Peines encourues (indicatif) :
jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Les appels masqués ne protègent pas les auteurs. Les opérateurs peuvent lever l’anonymat sur réquisition judiciaire.
6. À faire immédiatement concernant les appels
- consigner nombre, dates, heures, durées
- captures du journal d’appels
- messages vocaux conservés
- témoignages écrits (parents, proches)
- ne jamais répondre ni provoquer
Déclaration à l’opérateur téléphonique
- activation du dispositif “appels malveillants”
- traçabilité des appels masqués
- mention explicite : mineure victime de harcèlement pénalement qualifié (plainte en cours)
À savoir
Les opérateurs archivent l’historique des appels et leurs sources à partir de ce moment-là.
7. Complément indispensable à la plainte si nécessaire
La plainte doit être réactualisée avec :
- appels malveillants répétés
- caractère nocturne
- contenu des propos
- impact sur le sommeil
- impact psychologique
- sentiment d’insécurité
À savoir
Cela justifie :
- une saisine des services spécialisés
- une requalification
- une priorisation
8. Sécurité immédiate de la mineure
- changement de numéro (si possible) tout en conservant l’ancien pendant la durée de la procédure
- mode silence ou avion la nuit
- filtrage des appels inconnus
- contrôle parental
- ne jamais répondre aux appels masqués
À savoir
Le bien-être prime sur l’attente judiciaire.
9. Établissement scolaire : cadre à poser
Informer clairement la direction que :
- l’existence du harcèlement ou qu’il se poursuit
- il dépasse le cadre scolaire
- il inclut des appels nocturnes
À savoir
Cela renforce :
- la vigilance interne
- le devoir de protection
- les actions institutionnelles
Ce que cette checklist change
On ne parle plus “d’une vidéo qui circule” Mais d’un système de harcèlement coordonné, persistant, intrusif, visant une mineure.
La justice ne peut plus ignorer ce type de dossier sans faute manifeste.
Les démarches juridiques et institutionnelles sont indispensables. Mais elles ne suffisent pas à elles seules à protéger la personne ciblée, ni à réparer ce qui a été atteint.
Les repères ci-dessous sont là pour éviter les erreurs fréquentes, protéger psychiquement et ne pas déplacer la responsabilité sur la victime.
Repères de protection & de posture
Indispensables en complément des démarches
Protéger avant de comprendre
La première urgence n’est pas d’analyser ou d’expliquer. Elle est de réduire l’exposition et de restaurer un minimum de sécurité :
- être à l’écoute
- limiter l’accès aux réseaux ou aux canaux concernés
- filtrer ou couper temporairement certains moyens de contact
- sécuriser les temps de repos et de sommeil
- ne pas laisser la personne seule face à ce qu’elle subit
- etc.
À savoir
La protection n’est ni une fuite, ni un aveu de faiblesse.
C’est une mesure de survie psychique.
Nommer clairement ce qui se passe avec la victime
Il ne s’agit pas de :
- “rumeur”
- “mauvaise blague”
- etc.
Mais bien de :
- harcèlement
- atteinte à la dignité
- diffusion de contenus falsifiés
- violence psychologique
À savoir
Nommer de manière juste et objective aide la personne à comprendre qu’elle est crue, reconnue et protégée.
Ce qui aggrave souvent la situation (à éviter)
Minimiser pour rassurer
- “Ce n’est qu’une vidéo” ou « Ce n’est qu’une photo »
- “Ça va passer”
- “Il ne faut pas y faire attention”
- “Ils vont finir par arrêter”
- “Les gens vont vite oublier”
Ces phrases isolent et invalident l’expérience vécue.
Exiger du recul ou des explications
- Demander de “relativiser”
- Pousser à se justifier
- Vouloir comprendre trop vite
Le recul vient après, jamais sous contrainte.
Faire porter l’adaptation à la personne victime
- Changer de cadre sans reconnaissance
- Demander de se taire ou de disparaître
- Normaliser l’idée qu’il faut “faire avec”
Il est anormal de devoir s’adapter à une violence qui ne devrait ni exister, ni perdurer.
Comprendre sans intellectualiser
Il est important de rappeler que :
- le cerveau ne distingue pas toujours le faux réaliste du vrai
- le corps réagit à l’exposition, pas à la véracité
- ne pas réussir à “prendre du recul” est une réaction humaine normale
À savoir
Ce n’est ni un manque de maturité. ni une faiblesse ni un échec.
Réparer : au-delà de l’arrêt des contenus
Faire cesser une diffusion est nécessaire. Mais cela ne suffit pas toujours à réparer…
La réparation implique de restaurer :
- la sécurité intérieure
- la dignité
- l’ancrage corporel
- le sentiment d’être légitime et protégé
- la confiance en soi
Cela demande :
- du temps
- un cadre sécurisant
- une écoute respectueuse
- parfois un accompagnement adapté
À savoir
Réparer, ce n’est pas effacer. Réparer, c’est redonner des repères là où ils ont été brisés.
À qui s’adresser ?
Personne ne devrait traverser ce type de situation seul.
Selon les contextes, il peut être nécessaire de s’appuyer sur :
- sa protection juridique si existante et un avocat spécialisé (droit pénal, cybercriminalité et mineurs)
- un cadre institutionnel
- des adultes référents (famille, établissement, institution)
- des professionnels de santé ou de l’accompagnement
- des associations de victimes
À savoir
L’important n’est pas de tout activer en même temps, mais de ne pas rester isolé non plus.
Pour conclure
Face au harcèlement numérique, aux atteintes à la dignité et aux contenus falsifiés, il n’existe pas de réponse unique ou immédiate.
Mais il existe des repères.
- Qualifier correctement
- Nommer sans minimiser
- Protéger avant d’exposer
- Ne jamais déplacer la responsabilité sur la victime
- Et surtout : ne pas rester seul
Voir les autres articles complémentaires
Cet article ne remplace en aucun cas un avis médical, juridique ou professionnel.
Il vise à offrir des repères pour mieux se protéger, se reconstruire et se repositionner après une atteinte grave dans l’espace numérique.
Préserver sa dignité et sa sécurité n’est jamais une faiblesse. C’est une forme de courage.
Liens et ressources officielles utiles
Pour agir efficacement, voici les portes d’entrée officielles (signalement, droit à l’effacement, démarches) :
- PHAROS – Signalement de contenus illicites (Ministère de l’Intérieur) : plateforme officielle pour signaler des contenus illicites en ligne.
- Service-Public – Porter plainte (dont dépôt de plainte par courrier au Procureur) : informations officielles et démarche.
- Service-Public – Saisir en ligne le Défenseur des droits : en cas de refus, minimisation, ou besoin d’appui institutionnel.
- CNIL – Droit à l’effacement (supprimer des données, contenus en ligne) : repères et démarches.
- CNIL – Modèles de courriers pour demander la suppression de données, informations : utile pour formaliser une demande.
