Ghosting professionnel : pourquoi ceux qui nous sollicitent finissent-ils parfois par disparaître ?
Quand une demande de rendez-vous, de proposition ou de collaboration reste sans suite, que révèle ce silence sur notre rapport au temps, à l’expertise, à l’engagement et au respect professionnel ?
Un rendez-vous réservé, confirmé et rappelé à plusieurs reprises, auquel personne ne se présente. Une demande de renseignements qui reste sans retour après une réponse détaillée. Une proposition élaborée à la demande d’un interlocuteur, puis plus aucune nouvelle. Une collaboration acceptée qui ne se concrétise jamais, sans la moindre explication.
Ces situations ont un point commun troublant : la personne qui disparaît est parfois celle qui a elle-même initié la relation, exprimé un besoin et sollicité du temps ou une expertise.
Le ghosting professionnel ne concerne donc pas uniquement les candidats abandonnés par des recruteurs ou les recruteurs confrontés au silence de candidats. Il peut aussi toucher les indépendants, consultants, formateurs, prestataires, partenaires et organisations, à toutes les étapes d’une relation professionnelle.
Derrière ces silences se jouent des questions de communication, de surcharge cognitive, de priorités, de décision, de responsabilité et de reconnaissance du travail.
Et si le ghosting professionnel révélait une difficulté plus profonde à respecter les engagements, à reconnaître la valeur du temps d’autrui et à assumer nos décisions ?
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Le ghosting professionnel : de quoi parle-t-on réellement ?
Le terme ghosting, popularisé dans les relations personnelles, désigne généralement une interruption soudaine et inexpliquée des échanges, alors qu’une relation ou une interaction était engagée et qu’une réponse pouvait raisonnablement être attendue.
Dans le monde professionnel, ce phénomène peut prendre différentes formes :
- Disparition après un entretien
- Absence de retour à une candidature avancée
- Rupture de communication avec un partenaire
- Silence après une demande de prestation
- Abandon inexpliqué d’une collaboration en préparation
Il convient toutefois de distinguer plusieurs situations. Ne pas accuser réception d’un message ne constitue pas nécessairement du ghosting. Une personne peut manquer de temps, oublier de répondre ou considérer qu’aucune réponse n’est attendue.
En revanche, lorsqu’elle sollicite activement un interlocuteur, prend des engagements, demande un travail ou accepte une proposition, puis cesse de répondre malgré des relances raisonnables, la situation change de nature.
Ce n’est plus seulement un message sans réponse. C’est une relation professionnelle engagée qui reste sans clôture. Et cette absence de clôture peut avoir des conséquences bien plus importantes qu’il n’y paraît.
Le phénomène commence à faire l’objet de recherches en psychologie et en gestion des ressources humaines. Une étude publiée en 2024 dans le Journal of Occupational and Organizational Psychology explore notamment les motivations des candidats qui interrompent sans explication un processus de recrutement, ainsi que le rôle des normes de communication et des expériences antérieures. Ces travaux concernent principalement le recrutement, mais ouvrent des pistes de réflexion sur d’autres relations professionnelles.
Quand celui qui demande devient celui qui disparaît
Le paradoxe mérite d’être observé à travers plusieurs situations concrètes.
Un rendez-vous réservé, mais jamais honoré
Une personne sélectionne elle-même un créneau sur un agenda en ligne, renseigne ses coordonnées, reçoit une confirmation et plusieurs rappels automatiques. Pourtant, elle ne se présente pas, ne répond pas au téléphone et ne donne aucune suite au message proposant un report ou une annulation.
Une demande d’information sans retour
Une personne contacte un professionnel par email, expose sa situation ou son besoin et reçoit une réponse. Aucun accusé de réception, aucun remerciement, aucune indication sur la suite envisagée.
Une proposition sollicitée, puis ignorée
Après un premier échange, un interlocuteur demande une proposition personnalisée. Le professionnel analyse le besoin, recherche des solutions, construit une approche, prépare éventuellement un budget et transmet ses recommandations. Puis le silence s’installe.
Une collaboration évoquée à plusieurs reprises, puis abandonnée
Un interlocuteur multiplie les appels, manifeste un intérêt appuyé, envisage différentes possibilités de coopération, parfois pendant plusieurs semaines. Du jour au lendemain, il devient injoignable.
Des documents de travail transmis sans retour
À la demande d’un partenaire potentiel, un professionnel partage une présentation, une méthodologie, un synopsis, un déroulé d’intervention ou une première réflexion stratégique. Il ne reçoit ensuite aucune information sur la suite donnée au projet.
Une proposition acceptée, mais jamais concrétisée
Les conditions sont discutées, un accord de principe est donné, les documents nécessaires sont préparés. Pourtant, au moment de formaliser la collaboration, l’interlocuteur disparaît.
La situation peut aller encore plus loin : une intervention est acceptée et préparée, puis le demandeur ne répond plus au moment même où elle devrait démarrer.
Toutes ces situations ne relèvent pas du même degré de gravité. Mais elles illustrent une même question : pourquoi solliciter une personne, mobiliser ses ressources et ne pas lui communiquer ensuite une décision, même négative ?
Le temps mobilisé ne disparaît pas avec la conversation
Lorsqu’une personne cesse de répondre, elle peut avoir le sentiment que l’échange s’arrête simplement là.
Pourtant, du côté du professionnel sollicité, le travail a parfois déjà commencé :
- Un rendez-vous a été réservé
- Une disponibilité a été préservée
- Des informations ont été étudiées
- Une problématique a été analysée
- Des recherches ont été effectuées
- Des solutions ont été imaginées ou exposées
- Une proposition a été structurée
- Des documents ont été préparés
Parfois, plusieurs interlocuteurs ont été mobilisés et d’autres opportunités ont été différées.
Ce temps représente une ressource réelle, même lorsqu’aucune facture n’a encore été émise.
Pour un indépendant, le coût est particulièrement concret. Contrairement à une organisation disposant de fonctions commerciales, administratives et opérationnelles distinctes, une même personne doit souvent assurer la prospection, les échanges, l’analyse des besoins, la conception des propositions, la réalisation des missions et leur suivi. Chaque heure consacrée à une sollicitation sans suite est une heure qui ne peut pas être affectée simultanément à une autre activité.
Le silence génère également un travail supplémentaire :
- Vérifier la réception du message
- Relancer
- Tenter de comprendre si le projet existe toujours
- Maintenir ou libérer des disponibilités
- Réorganiser son planning
Le professionnel se retrouve parfois à assurer le suivi d’une demande qu’il n’a pas initiée.
La question n’est donc pas seulement de savoir si une réponse aurait été appréciée, mais de reconnaître que l’absence de réponse peut transférer une charge de travail vers celui qui a déjà consacré du temps à la demande.
Pourquoi solliciter quelqu’un si l’on n’est pas prêt à donner suite ?
Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ces comportements. Ils ne sont ni systématiques ni mutuellement exclusifs.
La surcharge cognitive et la multiplication des sollicitations
Les environnements professionnels multiplient les informations, réunions, courriels, notifications, projets et décisions à prendre.
Dans ce contexte, une personne peut exprimer un besoin sincère à un instant donné, puis se retrouver absorbée par d’autres urgences. La demande initiale n’était pas nécessairement artificielle. Elle a simplement perdu sa place dans l’ordre des priorités.
Mais cette explication soulève une question : la surcharge de l’un justifie-t-elle de laisser l’autre dans l’incertitude ?
Être débordé peut expliquer un retard. Cela ne devrait pas conduire à considérer le temps d’autrui comme indéfiniment disponible.
L’INRS rappelle que la charge de travail ne dépend pas uniquement du nombre de tâches à accomplir. Les interruptions, les demandes imprévues et les ajustements permanents contribuent également à la complexité de l’activité professionnelle. Ces éléments peuvent éclairer certaines difficultés de suivi, sans démontrer qu’ils provoquent directement le ghosting.
L’inflation des priorités et l’incapacité à arbitrer
Certaines organisations multiplient les projets sans disposer des ressources, des budgets ou des capacités décisionnelles nécessaires pour les conduire.
Les demandes sont lancées avant même que leur faisabilité ait été confirmée. Un responsable sollicite alors plusieurs professionnels, recueille des propositions, envisage des collaborations, puis découvre que le projet ne peut pas avancer. Faute de décision claire, la demande reste suspendue.
Le problème n’est pas toujours l’absence d’intérêt. Il peut résider dans l’incapacité à transformer une intention en décision assumée.
La peur de dire non et l’évitement émotionnel
Refuser une proposition, reconnaître qu’un projet est abandonné ou annoncer qu’un autre prestataire a été choisi peut générer un inconfort. Certaines personnes préfèrent repousser cette conversation, dans l’espoir implicite que l’autre comprendra de lui-même.
Le silence devient alors une stratégie d’évitement. Pourtant, un refus explicite peut être beaucoup moins dommageable qu’une incertitude prolongée.
Dire non n’est pas nécessairement manquer de respect. Ne jamais répondre à une sollicitation que l’on a soi-même engagée peut, en revanche, être vécu comme tel.
L’indécision et la peur de s’engager
Solliciter un expert peut aussi constituer une manière d’explorer des possibilités sans être réellement prêt à agir. La personne cherche à clarifier son besoin, à mesurer un budget, à obtenir un avis extérieur ou à se rassurer sur la pertinence d’un projet.
Lorsque vient le moment de prendre une décision, les hésitations apparaissent. Le besoin peut être réel, mais l’engagement n’est pas encore suffisamment mûr.
Le problème survient lorsque cette phase exploratoire n’est pas clairement annoncée et que le professionnel sollicité croit répondre à une demande prête à se concrétiser.
La dilution des responsabilités
Dans une organisation, celui qui sollicite un prestataire n’est pas toujours celui qui décide. Un projet peut dépendre d’une direction, d’un service financier, d’un responsable des achats ou de plusieurs validations successives.
Lorsque la décision se bloque, chacun peut considérer que le suivi relève d’un autre interlocuteur. Le silence devient alors le produit d’un dysfonctionnement collectif.
Personne n’a nécessairement décidé de ne plus répondre. Mais personne ne se considère responsable de le faire.
La banalisation du silence numérique
La facilité avec laquelle nous pouvons initier une interaction ne s’accompagne pas toujours d’une même facilité à la clôturer.
- Un formulaire permet de demander un rendez-vous en quelques secondes.
- Un courriel permet de solliciter plusieurs professionnels simultanément.
- Un réseau social permet d’engager rapidement une conversation.
Mais cette fluidité technique peut masquer le temps humain nécessaire pour traiter les demandes. Il devient possible de multiplier les sollicitations sans mesurer pleinement le travail qu’elles déclenchent.
La facilité de demander ne devrait pourtant pas effacer la responsabilité de répondre.
Quand la proposition devient déjà une prestation intellectuelle
Toutes les propositions commerciales ne nécessitent pas le même investissement. Un devis standardisé peut parfois être produit rapidement à partir de prestations et de tarifs préétablis.
Mais certaines demandes supposent un véritable travail d’analyse et de conception :
- Un consultant peut élaborer un premier diagnostic, proposer une architecture stratégique, identifier des leviers d’amélioration, structurer un programme de transformation ou concevoir un déroulé pédagogique complet.
- Un formateur peut construire un synopsis adapté à des objectifs précis.
- Un expert peut partager une méthodologie, une analyse de risques ou une première feuille de route.
Ces contenus représentent parfois une part substantielle de la valeur qui serait normalement délivrée pendant la mission. Pourtant, ils sont fréquemment présentés comme de simples éléments préalables à la décision commerciale.
À partir de quel moment une proposition cesse-t-elle d’être un document commercial pour devenir une véritable prestation intellectuelle ?
Cette frontière mérite d’être clarifiée. Le professionnel doit pouvoir présenter suffisamment son approche pour permettre une décision éclairée. Mais cela ne signifie pas qu’il doive systématiquement fournir gratuitement l’analyse approfondie, la conception et les livrables qui constituent précisément son expertise.
Intelligence artificielle et réutilisation des propositions : une nouvelle question de confiance
Le développement des outils d’intelligence artificielle ajoute une interrogation supplémentaire.
Lorsqu’un professionnel transmet une proposition détaillée, un synopsis, une méthodologie ou des recommandations stratégiques, il peut légitimement s’interroger sur l’utilisation ultérieure de ces contenus.
- Pourraient-ils être repris en interne ?
- Servir de base à un autre prestataire ?
- Être intégrés dans un outil d’intelligence artificielle pour produire un document, un programme ou une stratégie similaire sans nouvelle intervention de leur auteur ?
Ces possibilités ne permettent évidemment pas de conclure qu’un interlocuteur silencieux s’est approprié le travail reçu. Le ghosting ne constitue pas une preuve de réutilisation abusive. En revanche, l’absence totale de retour peut entretenir une incertitude sur le devenir des contenus transmis. Elle soulève également des questions de confidentialité, de propriété intellectuelle, de conditions d’utilisation et de reconnaissance de la valeur apportée.
L’enjeu n’est pas de s’opposer aux technologies. Il est de rappeler qu’un outil capable de transformer rapidement un contenu ne fait pas disparaître le travail humain qui a permis de le concevoir.
La rapidité de reproduction ne doit pas conduire à confondre disponibilité technique et liberté d’utilisation.
Le coût caché du ghosting : bien au-delà d’un simple désagrément
Les conséquences du ghosting professionnel ne se limitent pas à une contrariété passagère. Elles peuvent être économiques, organisationnelles, relationnelles et émotionnelles.
Des coûts économiques parfois invisibles
Pour un indépendant ou une petite structure, le temps consacré à des rendez-vous non honorés, à des propositions sans retour et à des relances représente un coût d’opportunité.
Il peut également s’accompagner de frais engagés, de déplacements, de prestations préparatoires ou de créneaux immobilisés.
Plus la demande était avancée, plus les conséquences peuvent être importantes.
Une étude publiée en 2026 dans le Human Resource Management Journal, portant sur 157 154 offres d’emploi acceptées au sein d’une grande entreprise de télécommunications, a identifié 4,1 % de situations dans lesquelles les candidats ne se présentaient pas à leur premier jour de travail sans prévenir. Les perturbations associées représentaient plus de 6,9 millions de dollars par an dans cette organisation. Ces résultats ne sont pas généralisables à toutes les relations commerciales, mais illustrent le fait qu’une disparition sans préavis peut avoir des conséquences économiques mesurables.
Une désorganisation en cascade
Une collaboration envisagée peut conduire un professionnel à réserver des disponibilités, mobiliser des partenaires ou différer d’autres engagements. Si le demandeur disparaît, plusieurs acteurs peuvent être affectés.
Le silence ne reste donc pas toujours limité à une relation bilatérale. Il peut produire des conséquences sur toute une chaîne d’organisation.
Une dégradation de la confiance
Lorsqu’un professionnel constate que ses efforts ne donnent lieu à aucune reconnaissance, il peut progressivement modifier ses pratiques.
- Il limite le temps accordé aux premiers échanges.
- Il réduit le niveau de détail de ses propositions.
- Il demande des engagements préalables.
- Il renonce parfois à certaines sollicitations.
Ces réactions peuvent être légitimes et nécessaires pour préserver son activité.
Mais elles peuvent aussi créer un cercle défavorable : à force de ne pas respecter le temps et l’expertise des professionnels, les demandeurs risquent de rendre les professionnels moins disponibles, moins confiants et moins enclins à partager leur valeur en amont.
Une usure émotionnelle et motivationnelle
Au-delà du temps perdu, la répétition de ces situations peut générer frustration, découragement, sentiment de dévalorisation et perte de motivation.
Le professionnel peut finir par se demander pourquoi continuer à répondre avec sérieux à des sollicitations qui ne reçoivent même pas un retour élémentaire.
Il ne s’agit pas d’affirmer que tout ghosting provoque nécessairement une souffrance psychologique. Mais sa répétition, surtout dans un contexte d’incertitude économique, peut devenir un facteur supplémentaire d’usure professionnelle.
Ghosting professionnel et relationnel : des mécanismes parfois communs
Le ghosting n’est pas né dans le monde du travail. Dans les relations amoureuses, amicales ou familiales, l’interruption inexpliquée des échanges peut également traduire des difficultés à communiquer, à gérer un désaccord, à poser des limites ou à annoncer une décision.
Certains mécanismes peuvent être communs :
- évitement de devoir s’expliquer, se positionner ou se justifier
- évitement des désaccords, des débats, des tensions ou des conflits
- peur de se tromper et/ou de souffrir
- peur de décevoir et/ou d’être jugé
- déstabilisation et/ou inconfort émotionnel
- peur de l’engagement et/ou désengagement progressif
- difficulté à assumer et/ou à verbaliser un changement d’intention, de position ou de décision
- anticipation négative des réactions ou des conséquences d’une réponse explicite
Mais les contextes ne sont pas interchangeables.
Dans une relation personnelle, les enjeux concernent notamment l’attachement, la confiance et les liens affectifs.
Dans une relation professionnelle, ils peuvent également engager du temps de travail, des ressources financières, des engagements contractuels, une organisation et plusieurs parties prenantes.
Dans les deux cas, le silence laisse souvent à l’autre la charge de comprendre seul ce qui s’est passé.
Et si une partie du problème résidait dans notre difficulté à considérer qu’une relation, même brève, mérite une clôture explicite lorsqu’elle a créé des attentes ou des engagements ?
Comprendre les mécanismes ne signifie pas excuser les comportements
Il serait trop simple de considérer que toutes les personnes qui ne répondent pas sont irrespectueuses, manipulatrices ou mal intentionnées. Certaines traversent des difficultés personnelles, professionnelles ou de santé. D’autres subissent des dysfonctionnements organisationnels qu’elles ne maîtrisent pas entièrement. Un événement imprévu peut naturellement empêcher de prévenir immédiatement.
Mais il serait tout aussi problématique de considérer que la surcharge, le stress ou les difficultés décisionnelles suffisent à rendre ces comportements acceptables. Une explication n’est pas une justification automatique.
Comprendre pourquoi une personne ne répond pas permet d’identifier des mécanismes sur lesquels agir. Cela n’efface pas les conséquences pour celle qui attend.
La responsabilité professionnelle ne suppose pas de pouvoir répondre favorablement à toutes les demandes.
Elle suppose notamment de pouvoir reconnaître les engagements pris, informer lorsque les circonstances changent et éviter de laisser inutilement les autres dans l’incertitude.
Comment restaurer une culture de la réponse et du respect professionnel ?
La solution ne réside pas uniquement dans des outils numériques supplémentaires, des rappels automatiques ou des procédures commerciales plus sophistiquées. Elle commence par des comportements simples, mais essentiels.
Pour les personnes et organisations qui sollicitent :
- Vérifier la réalité, la maturité et le niveau de priorité du besoin avant de mobiliser un professionnel ;
- Préciser dès le départ si la demande est exploratoire, budgétaire ou destinée à une décision prochaine ;
- Respecter les rendez-vous convenus ou prévenir en cas d’empêchement ;
- Accuser réception d’un travail personnalisé ou d’une proposition nécessitant un investissement significatif ;
- Informer lorsque le projet est reporté, abandonné ou confié à un autre intervenant ;
- Éviter de demander gratuitement des travaux qui relèvent déjà d’une mission de conseil ou de conception ;
- Respecter la confidentialité et les conditions d’utilisation des documents transmis.
Il n’est pas nécessaire de rédiger un long courrier pour informer qu’un projet n’aboutira pas.
Un simple message peut suffire : « Merci pour votre travail. Notre projet est actuellement suspendu. Nous reviendrons vers vous si la situation évolue. »
Ou encore : « Nous avons finalement retenu une autre solution. Merci pour le temps consacré à notre demande. »
Pour les professionnels sollicités :
Il peut être utile de clarifier dès le départ :
- le périmètre des échanges gratuits
- les délais de validité des propositions
- les conditions de réservation
- les étapes de décision
- les modalités de réalisation d’un travail préparatoire approfondi
Lorsque la demande implique une véritable analyse, une phase de diagnostic ou de conception, une rémunération peut être proposée avant l’élaboration d’une mission plus large.
Les relances peuvent également être limitées à un nombre raisonnable, avec une date de clôture clairement annoncée.
Mais il faut éviter un renversement de responsabilité : ce n’est pas au professionnel sollicité de consacrer toujours plus de temps à obtenir une réponse élémentaire de la personne qui a initié la demande.
Les mesures de protection sont utiles. Elles ne doivent pas devenir le substitut permanent au respect des engagements.
Faut-il repenser la gratuité des devis et des propositions ?
Cette question mérite un débat plus large.
Dans de nombreuses activités, la gratuité du devis est devenue une pratique commerciale habituelle, parfois attendue comme une évidence. Pourtant, tous les devis ne se ressemblent pas : estimer le prix d’une prestation standardisée n’exige pas nécessairement le même travail que concevoir une stratégie, analyser une organisation, structurer un dispositif pédagogique ou proposer une solution innovante.
Une obligation générale de rémunérer toute proposition soulèverait des questions juridiques, économiques et pratiques, notamment pour les consommateurs, les petites entreprises et les procédures de mise en concurrence.
Mais ne faudrait-il pas mieux distinguer la simple estimation commerciale du travail intellectuel personnalisé ?
Plusieurs pistes pourraient être discutées :
- une meilleure reconnaissance des études préalables
- des pré-diagnostics ou pré-audits payants
- des règles de consultation plus équilibrées
- une clarification des droits sur les propositions transmises
- une transparence accrue sur les conditions de sélection
L’objectif ne serait pas de faire payer chaque échange, mais de reconnaître qu’une expertise approfondie ne devient pas gratuite du seul fait qu’elle intervient avant la signature d’un contrat.
La valeur d’un travail ne commence pas nécessairement au moment où le client accepte de le rémunérer.
Et si le ghosting professionnel révélait une crise plus large de la responsabilité ?
Le ghosting professionnel pose finalement une question qui dépasse les échanges commerciaux. Nous évoluons dans des environnements où il est devenu extrêmement facile de solliciter, comparer, demander, réserver et engager des conversations. Mais cette facilité semble parfois s’accompagner d’une moindre attention aux conséquences de nos demandes sur les autres.
Le temps de celui qui répond devient invisible.
- Son expertise est parfois considérée comme immédiatement disponible.
- Son travail préparatoire peut être assimilé à une simple formalité
Et son attente reste sans réponse.
Pourtant, une organisation ne fonctionne pas uniquement grâce à ses outils, ses procédures, ses budgets et ses indicateurs. Elle fonctionne aussi grâce à la qualité des relations entre les personnes, à la confiance, à la réciprocité et au respect des engagements.
Répondre, informer, remercier, décliner ou reconnaître le travail réalisé ne relève pas seulement de la courtoisie. Ce sont aussi des actes de responsabilité professionnelle.
Comprendre les mécanismes cognitifs, émotionnels et organisationnels qui favorisent le silence peut aider à faire évoluer les pratiques. Mais cette compréhension doit également conduire à agir.
Car aucune surcharge de travail, aucune transformation numérique et aucun outil d’intelligence artificielle ne devrait nous conduire à considérer que le temps, la compétence et l’engagement d’autrui ne méritent plus d’être reconnus.
Pour ouvrir la réflexion
Pour approfondir cette analyse
- À partir de quel moment une sollicitation professionnelle crée-t-elle une responsabilité envers la personne qui y répond ?
- Pourquoi acceptons-nous parfois de mobiliser plusieurs heures de travail chez autrui sans considérer qu’un simple retour est nécessaire ?
- Comment distinguer une proposition commerciale d’une prestation intellectuelle qui mérite rémunération ?
- Et si la banalisation du ghosting professionnel contribuait progressivement à détruire la confiance et la coopération dont nos organisations ont précisément besoin pour fonctionner ?
La véritable question n’est peut-être pas seulement de savoir pourquoi certaines personnes disparaissent, mais pourquoi nous en venons à considérer leur silence comme une pratique professionnelle ordinaire.
Sources et références
- Lyons, B. D., Moorman, R. H. & Michel, J. W. (2024). The vanishing applicant: Uncovering aberrant antecedents to ghosting behaviour. Journal of Occupational and Organizational Psychology.
https://doi.org/10.1111/joop.12522 - Minchella, D. & Vinçotte, E. (2026). Pourquoi disparaître d’un processus de recrutement sans explication ? Le ghosting et l’expérience candidat en question. Revue de gestion des ressources humaines, n° 140, p. 21-37.
https://doi.org/10.54695/grhu.140.0023 - INRS. Risques psychosociaux : 9 conseils pour agir au quotidien. Brochure ED 6250.
https://www.inrs.fr/dam/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-6250.pdf - Speer et al. (2026). Now You See Them, Now You Don’t: Understanding New Hire Ghosting and Its Antecedents. Human Resource Management Journal.
https://doi.org/10.1111/1748-8583.70050
