Et si la véritable crise n’était plus seulement économique ?
Quand les difficultés économiques, sociales, sanitaires, humaines et environnementales commencent à s’alimenter mutuellement, parlons-nous encore de crises distinctes… ou d’un changement profond de modèle ?
Depuis plusieurs années, les crises semblent se succéder à un rythme toujours plus soutenu : économie, emploi, santé, logement, climat, éducation, démocratie, violences, isolement,…
Et si nous faisions fausse route ? Et si ces difficultés n’étaient pas des crises indépendantes, mais les différentes manifestations d’un même déséquilibre plus profond ?
Nous avons appris à découper les problèmes pour mieux les comprendre. Peut-être devons-nous désormais apprendre à les relier pour mieux les résoudre.
Cette réflexion ne cherche pas à apporter des réponses définitives. Elle propose une autre manière d’observer notre société : moins fragmentée, plus systémique, afin de mieux comprendre les mécanismes qui relient entre eux des phénomènes que nous avons pris l’habitude d’analyser séparément.
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Une précision importante
Les analyses qui suivent distinguent volontairement trois niveaux :
- les faits documentés, issus de données publiques ;
- les analyses systémiques proposées pour les mettre en perspective ;
- les questions ouvertes qui méritent un débat collectif.
L’objectif n’est pas d’imposer une vision du monde, mais d’élargir le champ de réflexion.
Les faits présentés dans cette réflexion s’appuient sur une analyse détaillée des principaux indicateurs économiques, sociaux, sanitaires et démographiques français.
Et si nous regardions les mauvaises crises ?
Depuis plusieurs décennies, nous avons appris à découper la réalité :
- La crise économique relève des économistes.
- La crise sanitaire des professionnels de santé.
- La crise éducative de l’Éducation nationale.
- La crise du logement des politiques d’urbanisme.
- La crise climatique des scientifiques.
- La crise démocratique des institutions.
- La santé mentale des psychologues et des psychiatres.
Chaque difficulté possède ses spécialistes, ses indicateurs, ses budgets, ses ministères, ses rapports et parfois même son vocabulaire. Cette organisation présente des avantages. Elle permet de développer une expertise approfondie sur chaque sujet.
Mais elle comporte également une limite. Elle suppose que les problèmes existent indépendamment les uns des autres.
Or, dans la vie quotidienne, personne ne vit une crise isolée :
- Une perte d’emploi peut entraîner une baisse des revenus.
- Cette baisse des revenus peut provoquer un surendettement.
- Le stress chronique peut altérer la santé physique et mentale.
- Les soins deviennent plus difficiles d’accès.
- Les tensions familiales augmentent.
- Les enfants sont affectés.
- L’isolement s’installe.
- Les associations sont davantage sollicitées.
- Les services publics voient leur charge augmenter.
- Etc.
Chaque acteur continue alors à traiter “son” problème. Pourtant, le problème a déjà changé de nature.
Lorsque les symptômes commencent à dialoguer entre eux
Nous parlons souvent de crise économique, crise du logement, crise de l’hôpital,…. Mais avons-nous réellement observé ce qui se passe lorsqu’elles interagissent ?
- Imaginons une entreprise qui rencontre des difficultés.
- Elle réduit ses investissements.
- Puis ses recrutements.
- Parfois ses effectifs.
- Certaines personnes perdent leur emploi et en retrouvent un (ou pas).
- D’autres deviennent indépendantes par nécessité.
- Certaines acceptent des emplois moins qualifiés.
- D’autres se retrouvent exclues du marché du travail (âge avec les risques & coûts associés, genre, etc.).
- Certaines personnes vivent avec un faible pouvoir d’achat et/ou sur leurs économies.
- Les revenus diminuent.
- Les projets de vie sont gelés, reportés voire abandonnés.
- Le recours au crédit augmente.
- Les impayés apparaissent.
- Le renoncement aux soins progresse.
- Les tensions psychologiques et physiques augmentent.
- Les arrêts maladie deviennent plus fréquents.
- Les besoins d’accompagnement explosent.
- Les collectivités doivent intervenir davantage.
- Les finances publiques se tendent.
- Les arbitrages budgétaires deviennent plus difficiles.
- La prévention recule.
- Puis d’autres difficultés apparaissent.
À quel moment cessons-nous de parler d’une crise économique ?
À quel moment commençons-nous à parler d’un système ?
Ce que les statistiques ne montrent pas
Les statistiques sont indispensables. Sans elles, aucune politique publique ne pourrait être évaluée. Mais elles possèdent une limite fondamentale. Elles ne peuvent mesurer que ce qui est observable. Ou plus précisément, ce qui est reconnu et déclaré. Ce qui entre dans une catégorie administrative. Ce qui répond à une définition précise.
Elles comptabilisent :
- les personnes inscrites ;
- les entreprises en procédure ;
- les allocataires ;
- les patients diagnostiqués ;
- les violences signalées ;
- les personnes hospitalisées.
D’autre part, les statistiques ne montrent pas toujours les situations de fragilité progressive. Elles recensent plus facilement les ruptures que les processus qui y conduisent. Entre une situation stable et une faillite, entre un emploi et une inscription à France Travail, entre une bonne santé et une hospitalisation, il existe parfois plusieurs mois, voire plusieurs années de difficultés silencieuses.
Cette réalité concerne de nombreux publics :
- les dirigeants qui maintiennent leur entreprise au prix d’un épuisement personnel voire financier ;
- les travailleurs indépendants dont l’activité diminue progressivement qui vivent plusieurs mois sur leur trésorerie, sans bénéficier des dispositifs destinés au salariat ;
- les aidants familiaux qui s’épuisent silencieusement ;
- les personnes qui renoncent aux soins ;
- les personnes qui renoncent à demander de l’aide (par ignorance des dispositifs ou à cause de dispositifs longs, lourds voire décourageants ou par incapacité) ;
- les étudiants qui renoncent à leurs études ;
- les salariés qui restent en poste malgré une souffrance importante ;
- les familles qui arbitrent entre alimentation, chauffage et soins ;
- toutes les personnes qui compensent seules les défaillances du système.
Autant de situations qui échappent largement aux indicateurs traditionnels. Autrement dit, les chiffres décrivent une partie de la réalité. Ils permettent d’observer des situations déjà identifiées, mais plus difficilement les fragilités silencieuses, les interactions et les mécanismes qui les précèdent.
Cette réflexion s’appuie sur une analyse détaillée des principaux indicateurs économiques, sociaux, sanitaires et démographiques français. Vous pouvez consulter l’analyse complète ici.
Pour ouvrir la réflexion
Les indicateurs actuels permettent-ils réellement d’observer les mécanismes qui précèdent les crises, ou seulement leurs conséquences lorsqu’elles deviennent visibles ?
Une économie pensée pour un monde qui disparaît
Depuis près de deux siècles, notre modèle économique repose sur une idée relativement simple : le travail humain constitue la principale source de création de valeur.
- Les entreprises produisent.
- Les salariés travaillent.
- Les cotisations sociales financent la protection collective.
- Les impôts alimentent les services publics.
- La croissance permet d’absorber une partie des difficultés.
Ce modèle a permis des avancées considérables. Mais est-il encore adapté au monde qui émerge ?
Nous assistons aujourd’hui à une accélération sans précédent de plusieurs transformations simultanées :
- la numérisation ;
- l’automatisation ;
- la robotisation ;
- les plateformes numériques ;
- l’intelligence artificielle ;
- l’externalisation mondiale ;
- l’augmentation continue de la productivité.
Contrairement aux précédentes révolutions industrielles, ces évolutions ne remplacent plus uniquement des tâches physiques. Elles commencent également à automatiser des activités intellectuelles, administratives, créatives ou décisionnelles.
Ce mouvement ne signifie pas nécessairement la disparition du travail humain. En revanche, il modifie profondément la manière dont la valeur est créée. Produire davantage avec moins de ressources humaines devient progressivement une stratégie de compétitivité.
La question dépasse largement le débat sur l’intelligence artificielle. Elle concerne la structure même de notre économie.
Devons-nous continuer à financer notre protection sociale principalement à partir du coût du travail ?
Ou faudra-t-il progressivement imaginer d’autres modèles, davantage liés à la valeur produite, à l’utilisation des technologies ou à d’autres formes de richesse créées par les organisations ?
De nombreux économistes travaillent déjà sur ces questions. Aucune solution ne fait aujourd’hui consensus. Mais ignorer le problème ne le fera pas disparaître.
Qui construit réellement la société de demain ?
Cette question est peut-être la plus importante de toutes.
- Chaque ministère pilote son périmètre.
- Chaque administration gère ses compétences.
- Chaque collectivité répond à ses obligations.
- Chaque entreprise poursuit sa stratégie.
- Chaque chercheur approfondit son domaine.
- Chaque média traite l’actualité de son secteur.
- Etc.
Mais qui travaille réellement sur les interactions entre tous ces systèmes ? Et surtout, qui est chargé d’en construire une vision cohérente à dix, vingt ou trente ans ?
Qui réfléchit simultanément :
- au travail ;
- à l’éducation ;
- à la santé ;
- à la fiscalité ;
- au climat ;
- à la démographie ;
- à l’intelligence artificielle ;
- à la protection sociale ;
- à la cohésion territoriale ;
- et bien d’autres thèmes… mais surtout à la place de l’humain dans les organisations ?
Notre manière de gouverner est largement sectorielle. Elle répond à une logique d’organisation. Mais les défis auxquels nous sommes confrontés ne semblent plus respecter ces frontières.
- La transition écologique influence l’économie.
- L’économie influence l’emploi.
- L’emploi influence la santé mentale.
- La santé mentale influence à son tour la productivité, l’engagement, les arrêts de travail et la performance des organisations… qui influencent elles-mêmes l’économie.
- La santé mentale influence également les besoins en soins, les professionnels de santé et les tensions qui pèsent sur l’hôpital.
- L’hôpital influence les finances publiques.
- Les finances publiques influencent les choix politiques, les investissements et les politiques éducatives.
- L’éducation influence les compétences disponibles.
- Les compétences influencent l’innovation, la compétitivité et la capacité d’adaptation des organisations… qui viennent à nouveau influencer l’économie.
- Et ainsi de suite.
Dans un système complexe, il n’existe plus vraiment de causes uniques. Les effets deviennent à leur tour des causes, créant des boucles d’interactions qui peuvent amplifier ou, au contraire, atténuer les déséquilibres.
Lorsque chaque acteur optimise uniquement son propre périmètre, personne ne pilote réellement les interactions. Or, dans un système complexe, ce sont souvent les interactions qui produisent les effets les plus importants.
Peut-être est-il temps de compléter les expertises sectorielles par une véritable capacité d’analyse systémique. Non pour remplacer les disciplines existantes. Mais pour mieux comprendre ce qui se produit entre elles.
Pour ouvrir la réflexion
Qui est aujourd’hui chargé de penser les interactions entre économie, santé, éducation, climat, technologies, démographie et cohésion sociale ?
Sommes-nous devenus dépendants de systèmes que nous ne maîtrisons plus ?
Notre sécurité collective ne dépend plus uniquement de nos capacités nationales. Elle dépend désormais de chaînes logistiques mondiales, de ressources naturelles parfois rares, de composants électroniques fabriqués à l’étranger, de médicaments produits hors Europe, d’infrastructures numériques mondialisées ou encore de flux énergétiques soumis à des tensions géopolitiques.
Cette interdépendance constitue une formidable richesse lorsque le système fonctionne. Elle devient également une vulnérabilité lorsque plusieurs événements se produisent simultanément.
- Une guerre.
- Une pandémie.
- Une catastrophe climatique (sécheresse,…)
- Une pénurie de matières premières.
- Une cyberattaque.
- Une rupture énergétique.
- Une crise diplomatique.
Et ce ne sont plus seulement les prix qui augmentent. Ce sont parfois certains biens essentiels qui deviennent indisponibles.
Et soudain…
- Certains médicaments deviennent indisponibles.
- Certaines pièces détachées manquent.
- Les délais explosent.
- Les prix augmentent.
- Les entreprises ralentissent.
- Les ménages reportent leurs achats.
- Les entreprises reportent également leurs investissements, leurs recrutements et parfois leurs projets d’innovation, alimentant à leur tour un ralentissement économique.
Certaines personnes ne peuvent plus remplacer leur véhicule. D’autres limitent leurs déplacements. Pour certaines familles, se rendre au travail devient lui-même un coût difficile à absorber. Dans certains territoires, l’absence de voiture peut même devenir un facteur d’exclusion sociale.
Ces situations interrogent une notion essentielle : la résilience. Sommes-nous capables de continuer à assurer les besoins essentiels de la population lorsque les grands équilibres internationaux se fragilisent ?
Sommes-nous capables de continuer à :
- nous nourrir ?
- nous soigner ?
- nous déplacer ?
- produire notre énergie ?
- maintenir nos infrastructures ?
- transmettre les connaissances ?
La question dépasse l’économie. Elle concerne notre capacité collective à préserver les conditions de vie les plus fondamentales.
Pourquoi cette lecture reste-t-elle si peu présente ?
Il serait tentant d’y voir une volonté de cacher certaines réalités. Cette explication est probablement trop simple. Une autre hypothèse mérite d’être examinée.
Nos sociétés sont elles-mêmes organisées en silos.
- Les universités sont spécialisées.
- Les administrations sont spécialisées.
- Les ministères sont spécialisés.
- Les médias sont spécialisés.
- Les financements de la recherche sont souvent spécialisés.
- Les entreprises sont spécialisées.
Cette spécialisation constitue une force. Elle permet une expertise de haut niveau. Mais elle rend plus difficile l’observation des phénomènes qui traversent plusieurs disciplines à la fois.
- Les journalistes disposent rarement de l’espace nécessaire pour relier économie, santé, démographie, psychologie, management, intelligence artificielle et climat dans un même article.
- Les responsables politiques doivent souvent répondre à l’urgence d’un sujet précis du moment.
- Les chercheurs publient dans des domaines très spécialisés.
- Les citoyens disposent de peu de temps et de liberté cognitive pour reconstruire une vision globale.
La difficulté ne réside donc peut-être pas dans un manque d’information. Elle réside dans notre capacité collective à relier ces informations. Comprendre un système ne consiste pas seulement à accumuler des données. Cela consiste surtout à comprendre les relations qui existent entre elles. Et c’est précisément là que se joue une partie de notre capacité à anticiper plutôt qu’à subir.
Sommes-nous en train de vivre un changement de civilisation ?
Les périodes de transition sont rarement identifiées lorsqu’elles se produisent. Elles deviennent évidentes… une fois qu’elles sont terminées.
Lorsque les premières machines à vapeur sont apparues, peu de personnes imaginaient qu’elles allaient transformer durablement l’organisation du travail, l’économie, les villes, les rapports sociaux ou encore la géopolitique. L’électricité, Internet ou le smartphone ont suivi une trajectoire comparable.
À chaque époque, les transformations semblaient d’abord limitées à un secteur avant de modifier progressivement l’ensemble de la société.
Aujourd’hui, plusieurs transitions majeures se produisent simultanément.
- Le changement climatique modifie déjà les équilibres environnementaux, économiques, agricoles, énergétiques et géopolitiques.
- Le vieillissement de la population transforme les besoins en matière de santé, d’accompagnement et de financement des solidarités.
- L’intelligence artificielle redéfinit progressivement la production de connaissances, le travail, l’organisation des entreprises et la création de valeur.
- Les tensions géopolitiques fragilisent les chaînes d’approvisionnement et accélèrent les stratégies de souveraineté.
- La transition énergétique impose de repenser des modèles économiques construits sur des ressources devenues limitées.
- Enfin, la transformation numérique bouleverse les relations humaines, l’accès à l’information, les modes d’apprentissage et les équilibres démocratiques.
Prises séparément, chacune de ces évolutions constitue déjà un défi majeur. Mais leur simultanéité change profondément la nature de la situation. Nous ne sommes peut-être plus face à une succession de crises, nous sommes peut-être face à une mutation systémique de nos sociétés. Employer cette expression ne signifie pas annoncer un effondrement inévitable. Il s’agit simplement de reconnaître qu’un système conçu pour répondre aux réalités d’hier peut progressivement devenir inadapté aux réalités d’aujourd’hui.
L’enjeu n’est donc peut-être plus uniquement de réparer ce qui dysfonctionne. Il consiste également à imaginer ce qui doit être transformé.
Pour ouvrir la réflexion
Sommes-nous en train de gérer une succession de crises… ou la transformation profonde d’un modèle de société devenu progressivement inadapté ?
Quelle place restera-t-il à l’humain ?
Cette question dépasse largement les débats technologiques. Elle interroge notre vision de la société.
Pendant longtemps, la valeur d’une personne s’est largement construite autour de son activité professionnelle. Le travail permettait de produire, de contribuer, de financer la protection sociale, de créer du lien, de transmettre des compétences et, souvent, de donner du sens à sa vie.
- Mais si demain les technologies permettent de produire davantage avec moins de travail humain, comment continuerons-nous à définir la contribution de chacun ?
- Comment préserver la dignité de celles et ceux dont les compétences seront profondément transformées ou devenues moins recherchées ?
- Comment accompagner les transitions professionnelles tout au long de la vie ?
- Comment éviter que les inégalités technologiques ne deviennent de nouvelles fractures sociales ?
- Comment reconnaître la valeur de toutes les activités qui ne génèrent pas directement de richesse économique, mais contribuent pourtant à la société : accompagner un proche, transmettre un savoir, s’engager dans une association, éduquer, créer, prendre soin, protéger le vivant ou renforcer les liens sociaux ?
Ces interrogations ne concernent pas seulement l’emploi. Elles concernent notre définition même de la valeur.
Si demain la richesse est créée différemment, notre manière de la partager devra probablement évoluer elle aussi. Ce débat dépasse les choix économiques. Il touche à notre projet de société.
Comment se préparer sans céder au catastrophisme ?
Chaque période de transformation génère des inquiétudes. Mais elle ouvre également de nouvelles possibilités.
L’histoire montre que les sociétés capables de s’adapter ne sont pas nécessairement celles qui disposent du plus grand nombre de ressources. Ce sont souvent celles qui développent la plus grande capacité d’apprentissage, de coopération et d’innovation.
Se préparer ne consiste donc pas à prédire l’avenir. Cela nécessite de développer ce qui permettra de s’y adapter.
Cela peut passer par :
- apprendre à apprendre tout au long de la vie ;
- accueillir les compétences innées ;
- développer des compétences multiples ou transférables plutôt que des savoir-faire uniquement spécialisés ;
- renforcer l’esprit critique face à l’abondance d’informations ;
- préserver sa santé physique, mentale et émotionnelle ;
- cultiver des réseaux d’entraide, de coopération et de solidarité ;
- diversifier lorsque cela est possible ses compétences ou ses sources de revenus ;
- apprendre à collaborer avec les technologies plutôt qu’à les subir ;
- développer une compréhension plus systémique des enjeux qui nous entourent ;
- re-développer sa capacité d’adaptation plutôt que rechercher des certitudes ;
- etc.
Ces leviers n’apporteront pas toutes les réponses. Mais ils augmenteront notre capacité collective à faire face à l’incertitude.
Pour ouvrir la réflexion
• Si une part croissante de la valeur est produite grâce aux technologies, comment financerons-nous demain notre modèle social ?
• Quels indicateurs faudrait-il inventer pour mesurer réellement la santé d’une société, au-delà de la seule croissance économique ?
• Comment préparer nos enfants à un monde dont les métiers, les organisations et les repères restent encore largement à inventer ?
• Et si la véritable crise n’était finalement pas économique, sanitaire, éducative ou climatique… mais une crise de notre manière de comprendre les interactions entre ces différentes réalités ?
Et si la véritable question était ailleurs ?
Depuis plusieurs années, nous cherchons à résoudre une multitude de crises :
- crise économique ;
- crise du logement ;
- crise de la santé et hospitalière ;
- crise éducative ;
- crise démocratique ;
- crise climatique ;
- crise du pouvoir d’achat ;
- crise du travail.
Chacune mobilise ses experts, ses institutions, ses politiques publiques et ses dispositifs d’urgence. Cette approche est indispensable. Mais est-elle suffisante ?
- Et si ces difficultés n’étaient pas seulement juxtaposées ?
- Et si elles interagissaient en permanence, se renforçant ou s’atténuant mutuellement selon les contextes ?
Dans cette perspective, la véritable question n’est peut-être plus : « Comment réparer le monde d’hier ? » mais plutôt « Comment construire celui de demain ? »
Un monde capable de préserver la dignité humaine, de respecter les limites du vivant, de créer de la valeur autrement et de redonner à chacun et à chacune une place dans une société en profonde transformation.
Répondre à cette question suppose probablement de changer notre manière d’observer la réalité :
- passer d’une logique de juxtaposition à une logique d’interconnexion ;
- ne plus considérer uniquement les symptômes, mais aussi les mécanismes qui les relient ;
- accepter que les réponses de demain seront nécessairement plus transversales que celles d’hier.
Nous ignorons encore précisément à quoi ressemblera cette société. En revanche, une chose paraît de plus en plus certaine : les réponses qui ont permis de construire le monde d’hier ne suffiront probablement plus à construire celui de demain.
Cette évolution ne concerne pas uniquement les décideurs publics, les entreprises ou les chercheurs. Elle nous concerne toutes et tous. Chaque organisation, chaque territoire et chaque citoyen participent, à leur échelle, à la construction du modèle de demain. Nos modes de consommation, de déplacement, de travail, d’engagement ou encore de solidarité contribuent eux aussi à façonner les équilibres collectifs.
Ne devrions-nous pas faire évoluer notre manière de penser les crises, qui évoluent à leur tour ? Nous avons appris à découper les problèmes pour mieux les comprendre. Le défi du XXIᵉ siècle sera peut-être d’apprendre à les relier pour mieux les résoudre.
Peut-être est-il temps de ne plus seulement réparer les conséquences visibles des déséquilibres, mais aussi de comprendre les mécanismes invisibles qui les produisent. Car c’est souvent à leur source que commencent les transformations les plus durables.
Pour approfondir cette analyse
Les faits présentés dans cette réflexion s’appuient sur une analyse détaillée des principaux indicateurs économiques, sociaux, sanitaires et démographiques français. Vous pouvez consulter cette analyse complète ici.
Les données nous permettent de constater les évolutions. Les relier entre elles nous aide peut-être à mieux comprendre le monde qui se dessine.
